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Le p'tit journal


9 octobre 2011,  témoignage de Richard


Comme promis la semaine dernière, j'ai demandé à mon ami Richard de témoigner sur son expérience en tant qu'intervenant auprès d'enseignants. Il a gentiment accepté :

"J'ai été embauché pour la gestion du stress et j'ai décidé, pour être complet, d'y intégrer les nouveautés en pédagogie avec le mouvement dans l'apprentissage, les cartes mentales et les intelligences multiples. Mais pour la gym cérébrale, le mouvement dans l'apprentissage, il faut pratiquer personnellement pendant longtemps pour oser imposer un cross-patterning ou un croisement Cook devant une classe d'ados sans se couvrir de ridicule !

Les profs sont soumis à une pression forte et un formatage tel qu'ils n'osent pas se démarquer, sortir du moule et faire des investigations personnelles. Sur les groupes que j'ai eus, qui représentaient plus de 100 professeurs et instituteurs, seul(e)s 2 avaient entendu parler de Mme Montessori !
Je me suis décidé à leur donner des explications et des documents sur les visualisations créatives, les enracinements faciles à faire en début de cours et j'ai axé sur le non-verbal et le décodage des réactions des élèves.

J'ai pensé qu'avoir une attitude d'écoute dynamique et une approche plus synchronisée à l'enfant serait le meilleur atout pour être écouté. Donc, j'ai proposé des exemples de comportements sur les zones de confort de chacun, d'observation des indicateurs oculaires pour déterminer le cheminement de la pensée : création/ mémoire ainsi que des postures et des gestuelles d'ouverture. Voilà pour la partie élèves.

Pour leur stress perso, bien sûr, je leur ai donné les outils de médecine traditionnelle chinoise en accu-pressure rapides discrets et efficaces. Parlé beaucoup de l'excellence par opposition à la compétition et je les ai enjoint à exprimer leurs problèmes en faisant des jeux de rôle avec leurs collègues. Pas ceux de leur établissement, car je me suis aperçu que les ambiances au sein d'un même établissement peuvent être très délétères, mais avec d'autres profs dans d'autres établissements.
L'expérience a porté, certains ont suivi les consignes et se sentent beaucoup mieux grâce à mes interventions, mais la grande majorité est victime de la crainte, réelle ou imaginaire, d'une hiérarchie pesante qui inhibe la créativité. Mais pourtant c'est cette hiérarchie qui m'a sélectionné et envoyé leur fournir des outils spécifiques, bien que parfois assez surprenants.

J'exerce dans différents milieux de façon permanente, en écoles, centres de vacances ou institutions et je dois reconnaitre que les enfants ont de plus en plus un jugement personnel de leur condition qui met les adultes dans des situations délicates. J'ai parfois l'impression qu'ils savent que nous n'avons pas de moyens de coercition efficaces et que la société ne leur donnera pas la joie de mettre à profit ce que nous leur enseignons.

Il faut une belle dose d'inventivité et d'enthousiasme pour faire ce métier et je salue tous ceux qui le font avec une belle et inaltérable conscience ! "

Richard
Tahiti 8 oct 2011 - 20h 29

29 septembre 2011,  questionnements...

Quelle rentrée scolaire surprenante aux Z'ateliers ! A ma grande surprise, j'ai de plus en plus de demandes d'adultes, qui ne viennent pas pour leurs enfants mais pour eux-mêmes. Belle et courageuse démarche !

J'ai beaucoup de respect pour ces personnes en difficulté, qui arrivent à dépasser leur honte et leur peur :
  • de faire trop de fautes
  • de ne pas arriver à s'exprimer à l'écrit de façon autonome (les logiciels informatiques ne corrigent pas tout)
  • de montrer leurs écrits au sein de leur travail
  • de changer de profession, angoissées à l'idée de devoir écrire
Travailler avec des adultes est passionnant et déroutant car cela m'oblige à aller chercher encore plus de créativité, de vivacité dans mon approche pédagogique. Ces personnes sont très motivées, souvent dans l'urgence (désir de changement de poste, préparation de concours...) mais leur passif scolaire est souvent lourd et les bases de français bien lointaines et/ou vides de sens.
Je pense qu'une connaissance doit avoir la densité, la tonicité, la souplesse d'une balle qui va, au fil du temps, rebondir et entraîner notre cerveau à réagir, être à l'affût... travail qu'il adore !

Une connaissance creuse ne peut rebondir !

Depuis bientôt 10 ans, je reçois des enfants, des adolescents, mal à l'aise ou en souffrance dans leur apprentissage du français. Jeunes de Tahiti, de Nouvelle-Calédonie, de Vendée, quels que soient leur nationalité, couleur de peau, milieu social, culturel, parents lecteurs ou non lecteurs... je constate les mêmes difficultés et "creux" dans les cours qu'ils ramènent de l'école : 
  • vocabulaire grammatical vide de sens pour eux
  • priorité du "par cœur" au détriment de l'explication logique
  • supports de cours lourds de mots, vides de couleur. "On n'a pas droit de mettre de la couleur !"
  • décorticage grammatical ou syntaxique de textes de qualité au risque de perdre de vue l'essence et la beauté de ces textes...
Je respecte profondément le métier des enseignants et je sais que les programmes leur sont imposés. Je défends souvent leur cause auprès de mes élèves, par contre, même si les classes sont surchargées, je me demande s'il est vraiment impossible :
  • d'expliquer les notions de grammaire avec en priorité du bon sens, de l'humour... choses que les enfants adorent et retiennent
  • de dynamiser les cours avec des astuces sérieuses et inviter les élèves à en chercher
  • d'alléger les supports de cours avec des schémas simples et en couleur pour mieux "apprendre à apprendre"
Ne serait-ce pas tout simplement rendre l'apprentissage plus confortable, à la fois pour les apprenants et les enseignants ?

Un an avant de quitter la Polynésie française, j'ai reçu une demande de mission de l'Enseignement catholique de Polynésie française. Mon interlocutrice était directrice d'école primaire et enseignante. Elle me proposait d'intervenir à la prochaine rentrée auprès de ses futurs enseignants en les formant à une "approche différente" de la pédagogie et de la littérature jeunesse.

Le hasard a fait que j'avais une de ses élèves  au sein des Z'ateliers. Cette dame avait une belle ouverture d'esprit. J'ai profité de notre rencontre pour lui faire part des questionnements et incompréhensions que j'ai cités plus haut. Après un long silence, elle m'a répondu : "Honnêtement Carole, je ne sais pas. Quand nos enseignants apprennent leur futur métier, ils sont tellement plongés dans leurs livres, écrits pas des grammairiens, que le plus souvent, ils n'ont pas le temps de se poser des questions. Après ils appliquent auprès des enfants... Nous cherchons justement à faire intervenir des personnes extérieures, qui ne sont pas dans le moule, qui ont une autre approche, qui ont pris du recul, avec un regard critique sur l'enseignement, pour amener dès maintenant, ces futurs enseignants à transmettre leur savoir autrement."

Mon départ de Tahiti a fait que je n'ai jamais pu vivre cette expérience qui m'intéressait beaucoup. Par contre, un ami écrivain et formé comme moi à la gestion des blocages de l'apprentissage, est intervenu à plusieurs reprises auprès de ces futurs enseignants. Je vais lui demander s'il serait d'accord pour "raconter" cette magnifique expérience. Patience !

5 juin 2011, quelques heures plus tard

Écrire dans le P'tit journal me trouble toujours autant car au-delà des mots posés, il y a la résonance des souvenirs. Dans les heures qui suivent, je suis submergée par un flot puissant de vécus, réflexions, multiples liens... Qu'il est dur de dire avec les bons mots en si peu de temps et d'espace.

Ce matin je parlais de mon désir d'être au plus près de "l'essence du livre". Le milieu éditorial m'apparaissait être le plus proche de la créativité de l'auteur. J'étais fascinée par les coulisses de l'œuvre littéraire.

Il m'a fallu vivre pleinement mon métier de libraire, accompagner des personnes dans leur écriture puis créer les Z'ateliers de Carole pour désacraliser le monde de l'édition et prendre tout simplement ma place.

A chaque fin d'année scolaire, j'invite les élèves qui le souhaitent à partager à l'oral et à l'écrit leur expérience au sein des Z'ateliers. La semaine dernière, Lola, âgée de 10 ans, partageait son ressenti : "Ce que j'aimais bien quand je lisais un livre, c'est les avis personnels. Avant que j'en fasse, j'avais l'impression que personne ne s'intéressait à ce que je lisais. Après j'ai eu envie de lire d'autres livres. On ressort toutes les émotions qu'on a eues dans le livre, sinon ça veut dire qu'on s'en fiche de ce que je lis. J'avais l'impression qu'on me laissait tomber."

J'ai souvent repensé aux paroles de Lola ces derniers jours, Lola qui ressemble à tant d'autres enfants et adolescents, trop souvent cachés dans l'ombre des livres :
  • "Au début quand Carole m'a demandé mon avis personnel sur les livres, c'était assez intimidant. C'est pas tout le monde qui a le même avis. Certains trouvent l'histoire ennuyeuse et d'autres font une découverte. J'avais envie de partager ce que j'ai ressenti donc j'y suis arrivée. Il ne faut pas avoir peur de s'exprimer et lire est une chose magnifique." Teragireva

  • "On peut donner notre opinion sur le livre, c'est bien car en classe, on ne peut pas trop le faire, on fait surtout des résumés. Je me suis senti écouté, ça prouve qu'on s'intéresse à notre opinion. En tant qu'ado, on ne nous écoute pas assez, c'est barbant." Baptiste
  • "Je trouve que s'exprimer est une très très très bonne chose." Hanalei,
Pour moi, la littérature a du sens à partir du moment où elle invite au partage. A 20 ans, quand j'ai fait le choix de rentrer professionnellement dans le monde du livre, je me suis interrogée sur ma position de lectrice, position confortable, intime dont j'aurais pu tout à fait me contenter. Mais quelque chose de plus fort me poussait à avancer, à échanger, à "mettre en commun".

Quel bonheur d'échanger ! Quelle chance nous avons de pouvoir raconter ce qui nous anime ou pas !

5 juin 2011, Édition

Dimanche matin... je viens tout juste d'écouter "Interception" sur France Inter, émission consacrée aujourd'hui aux Editions Gallimard.

L'édition française, comme ce monde m'a fait rêver plus jeune ! Flash back, 23 ans en arrière...
Ma passion pour le livre est là, dévorante comme elle peut l'être à 19 ans, entière, pure, puissante. Le seul domaine qui m'intéresse est le monde de l'édition. Je veux rentrer dans ce milieu car c'est celui qui me semble le plus proche de l'essence du livre.

Les métiers de libraire et de bibliothécaire ne m'attirent pas du tout. Ça sera l'édition et rien d'autre !
Je ne le sais pas encore à l'époque mais mon avenir me réservera "peu d'édition" et beaucoup "d'autre" en fait ! Autres chemins, autres rencontres, autres expériences passionnantes et tellement constructives.

Mais revenons à mes 19 printemps, deux souvenirs majeurs sont remontés ce matin en écoutant cette émission sur le monde éditorial :
  • Choc : ma meilleure amie, qui bien sûr connaît ma passion pour le livre, m'apprend une chose incroyable qui me laisse complètement  abasourdie : beaucoup de jeunes désirent entrer dans le monde de l'édition parce que "ca fait bien". Je ne comprends pas et lui demande de me répéter. Elle m'explique que travailler dans le milieu éditorial parisien attire certains car ça fait "intellectuel", très "chic". Je ne sais pas la tête que j'ai dû faire ce jour-là mais à l'intérieur de moi, c'était la révolution ! "Comment ça faire bien ? On ne travaille pas dans le monde du livre pour faire bien ! On y travaille par vocation, par passion !" J'étais outrée et tellement naïve. Je ne m'étais jamais imaginée que l'on pouvait se consacrer à quelque chose pour "faire bien".

    Ma colère s'est décuplée quand j'ai réalisé que ces personnes, que je considérais comme malhonnêtes, allaient chercher du travail en même temps que moi. Je trouvais cela profondément injuste. J'ai grandi d'un seul coup ce jour-là.
  • Encouragement : classe de terminale, année de mon redoublement. Mes notes au bac de français étant bonnes, je ne repasse pas cette matière. Je demande à assister aux cours d'une prof que j'aime beaucoup, juste pour le plaisir littéraire. Aucun enjeu au bout, pas de notes, pas d'examen... je me régale à chaque cours.
    Le hasard fait que nous nous retrouvons un jour l'une en face de l'autre dans les transports en commun. Je me sens un peu intimidée de rencontrer une enseignante en dehors du contexte scolaire. Nous parlons de livres bien sûr quand soudain, à ma grande surprise, elle me dit : "Vous savez Carole, vous êtes une puriste, c'est une qualité rare. Gardez-la précieusement surtout. Vous allez réussir."

    Quel beau cadeau vous m'avez fait madame ce jour-là ! Si vous saviez à quel point vos paroles encourageantes m'ont aidée dans des moments difficiles, moments de doute où la route semble barrée, où la solitude est si accablante. Je ne sais si c'est grâce à vous mais, quand je sens un potentiel chez une personne, quel que soit son âge, je lui dis, tout simplement.

    Je me souviens d'un adolescent que j'ai suivi en cours à Tahiti. Un jour sa famille m'appelle pour me prévenir qu'il a été renvoyé du collège pour problème de discipline. Je le revois, grand gamin baraqué, visage et mains de boxeur, violence à fleur de peau mais à l'intérieur une vivacité, une intelligence qui m'avait interpellée. Sa famille m'apprend qu'il va quitter Tahiti pour partir en pension dans les îles. Il est révolté, écœuré, ne veut parler à personne. Je sais que je ne le reverrai jamais.

    Je me sens mal à l'aise. Une part de moi a envie de mettre des mots sur ce que je ressens, l'autre se tait par pudeur et faux prétextes. Et puis je repense aux paroles de ma prof de français, à l'aide immense qu'elles m'ont apportée. Je rappelle la maman et lui dit que j'aimerais dire au revoir à son fils. Il peut me joindre quand il veut... Une heure après, le téléphone sonne.

    Je ne saurai jamais si les quelques mots que nous avons échangés l'ont aidé ou pas. Je sais par contre que je suis heureuse d'avoir pu le faire car c'était sincère. Encourageons les jeunes, faisons-le de manière juste, c'est tellement important.

8 mai 2011, coups de coeur

J'ai terminé Sauve-toi, sauve-nous ! de Marie-Sabine Roger, chez Nathan. Une petite merveille de lecture...
En le refermant j'ai eu le sentiment d'avoir entre les mains quelque chose de précieux, de fragile... de très beau.

Paradoxalement, je savais que ce roman n'était pas un coup de cœur. Ça m'a interpelée car je trouve cela injuste.

Comment un livre réunissant de telles qualités n'arrive t-il pas à pénétrer dans l'antre mystérieuse de mes coups de cœur ?

Flash-back... il y quelques mois, j'ai enfin mis en ligne une page Coups de coeur. J'avais hésité car d'un côté je trouvais cette sélection complètement subjective, de l'autre, l'envie de partager ces lectures inoubliables me titillait vraiment. J'ai donc créé ma page.
Je me suis très vite sentie mal à l'aise car javais l'impression de mettre de côté des titres de qualité... comme Sauve-toi, sauve-nous !

Je compare souvent mes lectures à des rencontres humaines, variées, colorées, passionnantes, décalées, drôles, pathétiques, angoissantes, ennuyantes, intéressantes, émouvantes, touchantes... liste infinie qui très tôt m'a amenée à faire un véritable choix de vie : travailler dans le monde du livre.
Une merveilleuse aventure qui dure depuis plus de 20 ans, une aventure qui s'est construite autour de ces fameux coups de coeur, petits cailloux précieux, éclairants, "boostants", partagés, mélangés à d'autres petits cailloux, au fil du temps. A suivre...

7 mai 2011, pas le temps !

Je souris quand je repense à mon dernier mot sur le temps !
Chaque semaine j'ai eu envie d'écrire dans le"Ptit journal" et je n'ai pas trouvé ou pris le temps de le faire, trop prise par la vie des Z'ateliers à gérer sur le terrain au quotidien.

J'ai beaucoup travaillé, lu, pensé mais pas écrit... désir de déposer aujourd"hui un éclat de toute cette période, à travers les lectures qui m'ont accompagnée.

Présentation improvisée, dans le désordre :
  • Je ne mourrai pas gibier, de Guillaume Guéraud, Editions du Rouergue.
Quelle violence ! Un roman dont on me parlait depuis des années, qui a suscité de nombreuses polémiques. Un roman coup de poing dont je parlerai de façon plus développée dans le P'tit journal, c'est sûr.
  • Zhao l'enfant-peintre, d'Anne Jonas et Anne Romy, chez Milan Jeunesse.
Un album de toute beauté, prêté par un élève. Je suis en train de le lire, ou plutôt de le déguster comme un plat rare : illustrations somptueuses, texte envoutant, un grain de papier étonnant... Lecture en cours.
  • Amour, patates et rock'n roll, de Céline Lavignette-Ammoun, Editions d'un Monde à l'Autre.
Une maison d'édition de Rezé qui m'intéresse beaucoup. Publications de romans, albums et documentaires sur la différence et le handicap. Je découvre leur catalogue... Trois titres lus... des textes de qualité. Coup de coeur pour la fraicheur d'Amour, patates et rock'n roll, l'histoire d'une adolescente qui raconte sa honte d'avoir un frère jumeau autiste.
Un sujet sérieux abordé avec intelligence et humour. Présenté très vite sur NOV FM !
  • Pianissimo Violette, d'Ella Balaert, en Castor poche Flammarion.
L'histoire d'une adolescente qui prend des cours de piano avec un vieux professeur très exigeant... Petit roman court, facile à lire, que j'ai trouvé intéressant dans son approche de la rigueur que demande l'apprentissage. Les personnages sont très crédibles.
  • Aurélien Malte, de Jean-François Chabas (l'auteur des Hermines), Castor poche Flammarion.
 Un roman très fort qui raconte la vie d'un homme en prison, les lettre qu'ils adressent à sa         "visiteuse". Coup de coeur.
  • La chambre de l'ange, de Gudule, en Nathan poche.
J'ai lu beaucoup de romans de Gudule. Autant j'aime la diversité des thèmes qu'elle aborde, autant j'ai du mal à accrocher avec son écriture. Est-ce le fait que La chambre de l'ange soit autobiographique ? Pour la première fois j'ai apprécié sa plume. J'ai aimé la justesse du ton de cette adolescente qui raconte avec émotion l'admiration qu'elle vouait à sa cousine.
  • Sauve-toi, sauve-nous ! de Marie-Sabine Roger, Nathan.
Une histoire de vie, sensible, profondément humaine avec une écriture-tendresse que j'adore, déjà rencontrée dans A la vie, à la.... Lecture en cours...
  • Et pour finir, mon grand coup de coeur du moment A la mode, de Jean Lecointre, chez Thierry Magnier.
Excellent album, drôle, ironique sur le thème de la mode et du ridicule. Tout un univers à découvrir du côté des illustrations.
Présenté d'urgence sur Nov FM !!!

1e avril 2011, le temps...

Le temps, le temps... 16 ans passés à Tahiti ont changé mon rapport au temps. "Là-bas"... l'éloignement dicte sa loi.

Impossible de tout avoir tout de suite.
Un livre à commander en librairie ? 2 mois d'attente.
Une pièce de voiture ? 2 à 3 mois.
Rupture de stock de tel produit dans les magasins ? on attend le bateau ou l'avion, c'est tout.

Parfois ca rend fou mais en même temps, quelle leçon dans un monde où nous avons tellement de choses "là, tout de suite", en un clic.

Un jour ma bouilloire électrique est tombée en panne. Je me suis surprise à m'impatienter devant ma petite casserole qui attendait tranquillement que le feu réchauffe son eau. Prise en flagrant délit d'agacement pour quelques minutes de plus à attendre !

J'ai vu à quel point on était conditionnés par tout ce matériel high tec qui nous promet du "toujours plus vite, toujours mieux, toujours +++". Tout en petit-déjeunant, j'ai pensé à mes élèves, à toute cette génération de jeunes qui, dans le petit quotidien, connaissent de moins en moins la frustration de l'attente.

Je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec l'apprentissage. En général, celui-ci demande du temps, celui des inspirations et des expirations. La plupart de mes élèves arrivent le souffle court, déstabilisés de se sentir "en retard", voire "hors course". C'est en réfléchissant à tout cela que j'ai réalisé à quel point le "temps" avait une place privilégiée dans mon travail :
  • le temps du "lien" avec "l'autre"... apprendre à se connaître, à "déposer" certains mots, certaines peurs bloquantes
  • le temps de comprendre, d'apprendre, d'essayer, d'être surpris par son savoir, de vivre le "woaouh ! je suis capable", avant toute notion de notation
  • le temps de se tromper également, de chercher ensemble la difficulté, l'erreur et recommencer, autrement
  • le temps du douloureux découragement parfois, du doute, du tâtonnement
  • le temps de lire bien sûr, en prenant pour une fois de temps de s'écouter dans son choix, et puis de confortablement s'installer dans le livre, même si au début on râle un peu quand on n'aime pas ça
  • le temps d'écouter "l'autre"... sans lui couper la parole...
  • le temps de prendre le temps de vivre !                                                                                   Mes élèves sont invités à venir au moins 10 minutes avant le début du cours, pour se poser, papoter ou pas... Que de beaux échanges vécus pendant ces instants hors du temps !

29 mars 2011... clin d'oeil

Ecrire un p'tit journal de bord "en ligne" me titillait depuis plusieurs mois. Hésitation, procrastination*... Avril arrivant, je me suis dit " tiens, tiens... quelle jolie date clin d'œil !

Et oui, le 29 mars 2002, je m'apprêtais à faire "le grand saut" en quittant mon travail de libraire. Un saut avec une grosse dose d'inconscience  car je n'avais aucune idée de ce que j'allais faire "après" et zéro franc en poche... mais l'envie irrépressible de PARTIR, de CONSTRUIRE mon propre chemin, avec ma CRÉATIVITÉ.

Neuf ans après l'aventure continue et je continue à me régaler.
Moi qui ne supportais pas la routine, je suis servie !

J'ai souvent la sensation de jongler avec des balles multicolores et variées... les cours, les ateliers d'écriture créative, NOV FM, mes multiples lectures et toutes les personnes que je rencontre.

Tout virevolte dans un joli équilibre que je désire depuis longtemps partager, bien au-delà des discussions que je peux avoir lors de mes rencontres.

Le site a été créé dans ce but de partage mais il me manquait la dimension de "l'instant présent" :
  • désir de parler d'un livre que je découvre
  • réflexions sur mon travail
  • doutes...
Et puis qui sait ? Si ce p'tit journal peut encourager des jeunes et moins jeunes à "se lancer", à se donner les moyens de vivre leur passion, dans un monde où l'on nous parle beaucoup de peur, de limites, de performance... je me dit : "ok, on y va ! "

* Procrastination : fait de remettre à plus tard ce que l'on peut faire maintenant.