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en Île-de-France

École maternelle

Choix catastrophique

Je suis née en janvier 1969.

À cette époque, la mode est de faire sauter une classe aux enfants nés en début d'année.

Je n'échappe pas à la règle : je saute ma dernière année de Maternelle et rentre à l'École primaire à 5 ans et demi :

  • immature
  • avec des bases insuffisantes












Ce choix catastrophique va conditionner ma scolarité et mon apprentissage qui vont se révéler fastidieux.


École primaire

Manque de confiance en moi

Je souffre d'un manque de confiance en moi qui ne fait pas bon ménage avec mes bases fragiles. Il suffit que l'enseignante soit un peu trop sévère pour que la peur me tétanise.

Toute ma scolarité sera ponctuée par mes bulletins indiquant :

  • élève trop timide
  • timidité maladive
  • ne participe pas en classe…

J'ai la chance d'avoir des parents aimants et patients, qui m'accompagnent comme ils peuvent.

Ils ont vite réalisé que le saut d'une classe avait été une erreur. L'école refuse leur demande de redoublement, prétextant que mon retard n'est pas grave, "je dois juste grandir".

Lectures douloureuses

Certains manuels scolaires utilisés à l'époque proposaient des textes de lecture inadaptés aux enfants

  • sujets relatifs au monde adulte (industrie, agriculture…)
  • vocabulaire compliqué car souvent technique
  • pauvreté de l'imaginaire

Je me souviens d'une séance de lecture, particulièrement douloureuse, à la maison, l'année de mon CM1. Le texte portait sur la description d'une ville et son usine.

Malgré les explications que l'on me donnait sur les termes techniques, je n'y comprenais absolument rien car j'étais incapable de visualiser l'histoire pour y prendre plaisir.

Submergée par le découragement, je finis par éclater en sanglot.

Je pense que mes parents n'ont pas été les seuls à pester contre ce genre de textes indigestes qui avaient de quoi dégoûter tout enfant de la lecture !

Blocages

CM2, je me sens tellement perdue et si peu sûre de moi que l'idée de rentrer au collège me terrifie.

Je me "bloque", me coupant de la capacité qu'ont les enfants :

  • à apprendre facilement
  • à se socialiser dans la classe

Je souffre de problèmes :

  • de compréhension
  • de mémorisation
  • d'oubli au moment des contrôles alors que je sais ma leçon

Je demande à redoubler mon CM2… redoublement enfin accepté !

Redoublement bénéfique

Mes parents me présentent le redoublement comme une "seconde chance" à saisir et non pas comme un échec honteux.

Le message passe ! Un déclic se fait dans ma tête et pour la première fois dans ma vie scolaire :
  • je me sens à ma place
  • je suis motivée
  • mon niveau augmente
  • la confiance en mes capacités se construit
  • je deviens une "boulimique" de lecture
  • ma moyenne en orthographe passe de 4 à 16/20 !

Collège

Apprentissage et puberté

J'ai apprécié mes "années collège" mais je crois qu'au fond de moi, j'aurais aimé faire une pause avant l'arrivée de la puberté.

Depuis mes débuts à l'école, mon année de redoublement était la seule où j'avais pu pleinement apprécier le fait d'apprendre facilement, sans la peur.

Je venais juste d'en retirer les bénéfices que… patatras, la puberté me tombait dessus ! Trop vite à mon goût car on oublie souvent à quel point elle peut jouer sur notre apprentissage :
  • transformation du corps et prise de conscience de ce dernier
  • importance du regard des autres… peur de leur jugement
  • premiers émois amoureux qui perturbent souvent la concentration
  • fatigue liée aux poussées de croissance
  • lutte entre désir et peur de grandir…

Littérature

Mes lectures personnelles au collège sont hétéroclites :

  • les polars d'Agatha Christie dévorés avec voracité
  • une période passionnée consacrée aux romans à l'eau de rose !
  • un ennui profond pour la littérature classique, à l'exception de Guy de Maupassant et d'Émile Zola
  • la découverte merveilleuse de la réflexion à travers des textes de J.M. Le Clézio

Lycée

Humiliation

Rentrée en Seconde : malgré un bon niveau en français, je n'arrive pas à comprendre le travail de réflexion demandé en littérature.

Par malchance, je tombe sur un professeur de français "classique", habitué à enseigner aux élèves très littéraires.

Ce charmant enseignant avoue un jour à mes parents : "Si votre fille arrive à travailler à Prisunic, estimez-vous heureux".

Je savais au fond de moi que je n'étais pas celle que ce professeur projetait sur moi. Malgré cela, je me suis sentie blessée. Cette remarque déplacée a renforcé ce que mes parents m'avaient appris :

Quel que soit notre :

  • âge
  • niveau de savoir
  • milieu social…

respecter l'autre est essentiel, même s'il ne répond pas à nos attentes, même si nous sommes déçus, énervés, découragés… le lot de tout enseignant.

Redoublement de la Seconde… qui comme celui de mon CM2 me sera très profitable.

Dictature des filières

L'éducation nationale est censée nous apprendre que "tous les hommes sont égaux". Sur le terrain les choses se corsent !

Je comprends parfaitement qu'il faille déterminer des grands axes d'apprentissage pour permettre à chaque élève d'aller dans la voie où il se sent le plus compétent. Je suis par contre outrée par la ségrégation qu'engendre la "guéguerre" des filières.

Dans les années 80, cela donnait caricaturalement  :

  • filières scientifiques = élèves intelligents, doués, travailleurs, destinés aux grandes études
  • filières littéraires et artistiques = élèves sérieux, intellectuels
  • filières techniques = élèves moyens, voire "mauvais élèves" destinés aux études "faciles" et bas de gamme

Ce conditionnement des compétences est catastrophique car il suscite du mépris entre :

  • élèves
  • professeurs
  • établissements scolaires
  • professions…

Il coupe l'apprenant de sa capacité à s'ouvrir complètement à sa créativité.

Pied de nez

J'ai souffert, comme beaucoup, de cette dictature des filières.

Mon problème est que je ne rentrais dans aucune "case" :

  • je détestais les matières scientifiques qui me rappelaient oh combien j'étais "nulle"
  • j'étais littéraire mais pas assez pour avoir envie de faire carrière dans les Lettres
  • j'aimais les matières en lien direct avec le monde professionnel comme l'économie, le droit du travail
  • je manquais de confiance en moi mais étais curieusement dotée d'un sens de la contradiction très développé !
J'ai refusé d'entrer en section littéraire pour demander une section technique. Scandale !
Comment osais-je refuser cette chance d'entrer dans une section "honorable" ? La peur de m'ennuyer.

J'étais beaucoup plus motivée pour apprendre les mécanismes du monde du travail que la vie des grands auteurs. Cela ne m'a pas empêchée de me régaler dans mes lectures et réflexions en littérature et en philosophie.


Vocation

Désorientée

J'entre en terminale avec un bon niveau mais peu à peu, le doute m'envahit : "Que faire après mon bac ?" Cette question m'angoisse car :

  • je ne me vois pas continuer dans la voie commerciale où je me sens décalée
  • les filières qui m'attirent demandent un bon niveau en maths : l'économie et la kinésithérapie* (*J'ai appris plus tard par des gens du métier que cette information était erronée)

Eurêka !

Les vocations sont parfois comme le "grand amour" : il est souvent là sous nos yeux et on ne voit rien ! J'étais passionnée par le Livre mais à aucun moment, il ne m'était venu à l'esprit que je pourrais travailler dans ce domaine.

J'ai découvert ma vocation en feuilletant un guide sur les Métiers du livre. Ma voie serait l'Édition !

Malheureusement, mes doutes m'avaient démotivée dans mon travail personnel. Je me suis réveillée à 3 mois du bac… trop tard, bac raté ! Je décide de consacrer toute l'énergie de mon redoublement à réaliser mon rêve : rentrer dans l'unique école d'édition de France.

La sélection se fait sur dossier, je suis dans une filière technique… mais mon manque de confiance en moi a disparu : je crois en moi !

Studieuse

Je crois que je n'ai jamais été aussi studieuse que cette année-là. Je travaille d'arrache-pied pour obtenir un très bon dossier. Pari réussi… mon dossier est accepté !

Immense joie, malheureusement de courte durée : l'école prend très peu d'élèves, je suis recalée à l'oral. Au fond de moi c'est l'effondrement, sentiment de m'être battue pour rien.

Cette épreuve a eu le mérite de m'apprendre une grande leçon : "Ne pas mettre ses œufs dans le même panier !"

Je dois trouver d'urgence une nouvelle direction. J'apprends qu'une université propose une section Communication avec filière Édition, je m'y inscris sans conviction.

Université

Communication option Édition

Je ne me sens pas à ma place à la fac mais mes notes sont bonnes.

Je continue jusqu'à la Licence en ne rêvant que d'une chose : travailler sur le terrain.

Les adultes se moquent gentiment de moi, m'expliquant que j'aurai largement le temps d'être dans la vie active. Je ne démords pas.

Parallèlement à mes études, je travaille dans divers domaines et commence à faire des stages dans l'édition. Bonheur absolu !


Je me régale pendant les cours d'édition, malheureusement trop rares. Un jour, devant mon enthousiasme, l'enseignant me demande la profession de mes parents. Je lui réponds sans comprendre qu'ils sont "artisans chocolatiers".

Ce charmant monsieur prend un sourire compatissant et m'explique que malheureusement, j'ai très peu de chance de rentrer dans le monde intellectuel de l'Édition, milieu réservé à l'élite !


Désillusion

Je ne me laisse pas décourager et décide de rentrer en Maîtrise.

Douche glacée à la rentrée : on m'apprend que l'option Édition est suspendue, faute d'enseignant !

J'obtiens tous mes UV mais ne peux me consacrer à mon mémoire qui n'a plus de raison d'être.

Je me sens complètement perdue.

Une maison d'édition, chez laquelle j'avais été stagiaire, me propose de me prendre pour un stage de longue durée. Je travaillerai à plein temps mais gratuitement.

Écœurée, je refuse mais me rends compte très vite que c'est la même chose partout.

Je décide d'accepter pour me former au métier.


Édition

J'apprends les bases du secrétariat d'édition dans une petite maison parisienne spécialisée dans les ouvrages scolaires et parascolaires.

J'ai la chance d'être repérée par une secrétaire d'édition qui me fait participer à toutes les étapes du livre :

  • travail sur le manuscrit et adaptation à une collection
  • correction d'ouvrages
  • relecture
  • rencontre avec les auteurs et illustrateurs…

Je suis aux anges ! Je me sens tellement à ma place dans ce milieu éditorial.

Malheureusement c'est la "crise". Quand je postule pour un poste, on me répond que c'est pour l'instant "impossible", mais que je peux continuer à travailler pour eux comme stagiaire car il y a beaucoup de projets en cours.

Découragée, frustrée, je n'y crois plus.


Départ pour le bout du monde

Juillet 1993 : la personne avec qui je vis à l'époque trouve un poste à Tahiti, à 17 000 km de la France. La vie sous les tropiques ne m'attire pas spécialement car j'ai du mal à supporter la grosse chaleur, mais je ne me sens pas heureuse dans ma vie en France.


Nous décidons de tout quitter pour tourner la page et repartir à zéro, direction l'inconnu.

Le billet d'avion est très cher. Je trouve un poste en intérim dans la distribution du livre et deux mois plus tard, le 1e octobre 1993, je quitte la France, avec un "aller simple" pour Tahiti.

Je dis "Adieu aux livres", persuadée qu'il n'existe pas de monde éditorial à Tahiti !

La suite de mon parcours à Tahiti »